« Business Disobedience » - De la désobéissance « business »

Dans mon bureau comme au détour d’une conversation à l’occasion d’un événement, tout le monde est unanime sur un point : au travail, chacun subit trop de pression ! Tout va très vite. A peine avons-nous reçu un email que, n’ayant pas répondu dans l’instant, nous recevons un appel « tu as vu mon mail ? ». Le client veut son produit pour la semaine prochaine, le service doit être immédiat, le chef veut la présentation/le rapport/le budget pour demain. Ou plutôt, la présentation/le rapport/le budget sont prévus depuis longtemps, mais à force de devoir éteindre des feux, faire un extra, fournir un service exceptionnel à un client et j’en passe, il sera désormais quasi impossible de rendre ladite – ou ledit présentation/rapport/budget à temps à moins d’y passer des heures et des heures supplémentaires en soirée ou durant le weekend.

 

Sans compter que nous sommes en permanence connectés – Iphones, Blackberry etc… et que les messages affluent le soir, la nuit et les weekends. Il n’est presque plus possible de déconnecter et de se changer les idées. La vie professionnelle se confond avec la vie privée, les frontières sont de plus en plus minces voire inexistantes et les maladies du stress nous guettent…  Nous n’en pouvons plus. Nous sommes fatigués, las, nous aurions bien besoin d’un break.

 

Un break ? Juste un break ? Vraiment ? Ou bien, carrément, un changement de paradigme ?

 

Matt Damon est un jour intervenu à propos de la désobéissance civile -  ou résistance passive. Damon invite à refuser de suivre des lois qui ne servent pas au bien commun ou qui vont à l’encontre de la morale élémentaire : ces nouvelles mais de plus en plus fréquentes injustices, comme de mettre en prison les personnes généreuses qui donnent à manger aux sans domicile fixe ou comme de poursuivre des personnes qui collectent l’eau de pluie ou encore qui font pousser leurs légumes dans leur potager…

 

Nous sommes co-responsables de cette situation dont nous nous plaignons- à juste titre. Nous avons, d’une manière ou d’une autre, accepté de fonctionner de cette façon. Au début, peut-être fût-ce la passion de notre métier qui nous a poussé à surinvestir le temps de travail et à nous sur impliquer de telle façon que nous avons participé à l’accélération des choses. Peut-être fût-ce la peur de perdre notre emploi. Ou la nécessité de faire comme tout le monde – j’ai récemment entendu dire qu’il ne faisait pas bon mettre ses limites et dire non, cela nous fait passer pour des fainéants !

 

Quelle qu’en soit la raison, nous n’avons pas vu venir les conséquences, que nous prenons de plein fouet à la figure aujourd’hui et ce n’est en aucune manière une fatalité ! Nous pouvons changer ce mode de fonctionnement. Peut-être pourrions-nous, à l’instar de la désobéissance passive pronée par Matt Damon, la transposer dans le monde des affaires, de notre vie professionnelle ? Car si personne ne fait rien ? Qui le fera ?

 

Auto - limitations

 

Nous avons le pouvoir

Beaucoup de clients arrivent en coaching avec le souhait d’atteindre un objectif – obtenir quelque chose ou changer une situation, avec le désir secret qu’une formule magique, un sauveur, bref, quelque chose de simple, instantané et radical va leur être proposé. Genre : « ça tombe bien Mr ou Mme, j’ai justement ce qu’il vous faut : prenez de cette potion ce soir avant d’aller dormir et demain, à votre réveil, tout sera comme vous le souhaitez ».  Ou encore : « ça tombe bien Mr ou Mme, je connais la personne qui vous faut : allez la voir de ma part et grâce à ses super pouvoirs elle va tout arranger » !

Mauvaise nouvelle : cela n’existe pas.

Bonne nouvelle : VOUS avez le pouvoir.

OK, c’est moins simple, moins radical (encore que… ) mais c’est entre vos mains et surtout, cela signifie qu’il est possible de changer les choses. La situation n’est pas figée ad vitam aeternam,  il existe un levier, quelque part à l’intérieur de vous. Inutile de partir par monts et par vaux afin de trouver la potion ou le sauveur. Vous avez le pouvoir.

 

La prise de conscience

Dans un processus de changement, la prise de conscience que ce changement est nécessaire est l’élément clef du processus et parfois le pas le plus difficile à franchir. Reconnaître que la situation n’est pas satisfaisante nous met en effet instantanément devant notre responsabilité d’en changer ensuite.

Exemple : reconnaître que l’on n’est plus heureux en couple nous met face à la nécessité d’y remédier. Que ce soit à travers une discussion, une thérapie ou une séparation, il va falloir agir. Et aucune de ces solutions n’est agréable…

Reconnaître que le travail que nous occupons ne nous satisfait plus, voire pire, qu’il nous nuit, car la relation avec un chef/collègue est toxique nous met devant la responsabilité d’agir : soit il faudra aller voir les Ressources Humaines, s’assurer que la situation n’est pas prise à la légère, soit il faudra envisager de changer de job, avec tout le cortège d’incertitudes que cela implique ensuite.

Donc la prise de conscience n’est pas aisée. Certains préfèrent le déni, processus normal d’autoprotection. Si on fait comme-si-de-rien-n’était, rien ne change, ce n’est pas gai mais on sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on aura…

 

Si vous lisez cet article, c’est que déjà vous avez pris conscience.

 

Et c’est là que vous prenez aussi conscience que l’étape suivante est « prendre ses responsabilités » et que vous ne savez pas par quel bout commencer, ni comment gérer l’inconfort émotionnel que cette prise de conscience suscite… Patience, nous avançons. . .

 

Sortir des croyances limitantes

Souvenez-vous, une croyance est une pensée, une conclusion que nous avons tirée d’une ou plusieurs expériences que nous avons vécues. Elle s’érige en VERITE dans notre esprit et peut constituer un obstacle de taille à la réalisation de nos objectifs ou aux changements que nous souhaitons apporter.

 

La croyance peut-être, à certaines occasions, insufflée par autrui. La comparaison est sans aucun doute un peu exagérée, mais lorsqu’un dictateur prend le pouvoir, s’il ne le fait pas par un putsch, il peut tout aussi bien le faire à force de discours convainquant la population du bien-fondé de sa prise de pouvoir en s’appuyant sur leurs peurs et leur faisant croire qu’il apportera la solution. Croire que les juifs, par exemple, étaient l’origine de tous les maux économiques de l’Europe a mené à la seconde guerre mondiale. Le candidat républicain bien connu aux USA prône l’arrêt de l’immigration aux Etats-Unis au nom de la survie de l'identité américaine dont l’histoire est quand-même fondée sur l’immigration.

Et si autant de personnes sont convaincues par ce discours, c’est qu’il est parvenu à créer une croyance selon laquelle l’identité américaine est menacée tout d’abord, qu’elle peut être sauvée si l’on suit ses préceptes ensuite. Rien de tout cela n’est fondamentalement vrai, tout est questionnable au minimum, mais cela s’est quand même érigé en croyance dans l’esprit de millions de gens…

 

En conclusion, nos croyances peuvent nous limiter. Que ce soit celles que nous nous sommes forgées tout seuls, ou celles que l’on nous a insufflées de l’extérieur.

En même temps – et heureusement – les croyances, c’est dans la tête (même si, on l’a vu, elles trouvent un tas de confirmation dans la réalité – voir ici), et nous avons le pouvoir d’en changer !

 

Changer

 

Le changement commence dans la tête

Le changement commence donc dans la tête. Premièrement, lorsque nous prenons conscience que cela est nécessaire. Ensuite, lorsque nous prenons conscience de nos croyances limitantes – et agissons pour qu’elles ne constituent pas (plus) un obstacle.

Croyance limitante personnelle : « Je ne peux quand même pas changer le rythme de travail tout(e) seule » !.

Croyance limitante insufflée : « Si tu ne te conformes pas au rythme, nous te remplacerons par quelqu’un de plus « efficace » ».

 

Commencez par croire que le changement est possible. Ce n’est pas très risqué et cette prise de conscience vous aidera à identifier les petites actions qui vous permettront d’instiguer le changement.

 

Le changement n’est pas révolution

Je vous parle de changement, pas de révolution. Bien-entendu, vous pouvez toujours faire comme Gandhi, par exemple : vous asseoir dans le hall d’entrée de votre entreprise, avec, à l’appui, des caliquots « non à la tyrannie de l’instantanéité et à la pression  qui va nous tuer », dans l’espoir que vos collègues vous rejoignent tous et que cela convainque votre patron. Sauf que, tous vos collègues ne se joindront pas à vous – bon nombre d’entre eux auront peur – et de toutes façons, même si toute l’entreprise se mettait en résistance de front, si ladite entreprise est internationale, il y a de fortes chances pour que l’implantation soit fermée là où vous êtes et rouverte là où les employés acceptent sans broncher. Et puis, n’exagérons rien, tout n’est sans doute pas à jeter !

 

Le changement commence par soi. Par de petites choses. Aussi sûr que la « tyrannie du temps et de la pression » se sont insidieusement immiscées dans notre quotidien professionnel, vous pouvez, par les petits changements que vous apporterez, « insidieusement » inverser la vapeur et contribuer au rééquilibrage.

 

Comment ? Par la désobéissance civile appliquée au bussiness

 

Qu’est-ce que la désobéissance civile ?

La désobéissance civile est le refus assumé et public de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent, permettant d'éclairer la majorité silencieuse lors de dérives dans le fonctionnement du système. Ce serait ainsi un moyen de régénérer le système et de le renforcer en revenant à ses principes fondamentaux.

 

Appliquée au monde du travail, elle devient une forme de résistance consistant à refuser d’obéir aux modes de fonctionnement imposés constituant une dérive manifeste d’un mode de fonctionnement autrefois sain.

 

Evitez de revendiquer. Incarnez la désobéissance business.

Revendiquer revient à vous stigmatiser râleur ou râleuse, trublion, empêcheur (euse) de tourner en rond.

Incarnez le changement que vous souhaitez apporter.  Adoptez des comportements qui vont dans le sens du ralentissement :

-     Refusez de répondre à vos mails durant le weekend. Ou, si cela vous semble dangereux pour votre avenir professionnel, disciplinez-vous à une tranche horaire et une seule seulement, le matin ou le soir, par jour.

-          Refusez de répondre à vos mails le soir. Sans concessions. Le soir, vous vous reposez !

-      Refusez de faire des heures supplémentaires à gogo : ok, vous ne partez pas à 18.00 tapantes mais quand-même, reconnaissez que 20.00 voire 21.00 plus d’une fois semaine, c’est une dérive. Ou bien vous êtes extrêmement mal organisé, ou bien vous avez mille fois trop de travail. Et personne ne s’en apercevra si vous continuez à tout assumer seul.

-    Proposez des délais de livraison raisonnables. Vous seriez étonnés de voir combien de clients entendent l’argument s’il est correctement présenté et avec conviction : « Pour un service / travail de qualité, le délai raisonnable est de… ». Mais tenez-vous à votre délai et n’ayez aucun retard.

-        Apprenez donc à dire « non » : n’acceptez pas tout, refusez les exceptions autant que possible. Tout ce qui va venir s’intercaler dans la liste des tâches du jour aura des conséquences sur la pression que vous sentirez et sur les délais de livraison de ce que vous avez déjà promis.

-      Ne prenez pas plus de travail que de raison. Si vous avez le sentiment de faire le travail de deux personnes, vous avez certainement raison. Refusez.  Je me souviens de ma psychologue, me demandant, après que je me sois plainte de faire le travail de trois personnes : «  et vous le faites, vous ce travail pour trois ? Je veux dire, vous parvenez à tout faire » ? Ma réponse fût oui, en effet, j’abattais le boulot, à coup d’heures supplémentaires et de suppression de ma pause midi. « Alors, comment voulez-vous que votre patron prenne conscience qu’il y a vraiment besoin d’engager ? Arrêtez de tout faire. Laisser le surplus de boulot sur le coin de votre bureau. ET là, quand le travail ne sera pas fait, il comprendra ». Pour la petite histoire, à mon départ, j’ai été remplacée par deux temps pleins et un mi-temps…

 

Gardez le cap sur la longueur

Oui, mais, quand même, ça ne se passe pas vraiment comme cela, on ne peut pas faire ça sans risques, les menaces à peine déguisées sont monnaie courante tu sais, me direz vous.

 

En même temps :

-          Le changement n’arrivera pas seul, il n’existe pas de potion magique ni de super héros sauveur. Nous avons la responsabilité du changement.

-       Il n’est pas question de tout révolutionner, souvenez-vous. Adoptez un comportement différent et soyez tenace. Gardez le cap.

-        N’oubliez pas : la tyrannie de l’instantanéité ne s’est pas imposée d’un coup. Elle s’est installée petit à petit, sans que nous y prenions garde, avec le temps. Il en sera de même dans l’autre sens : ne vous attendez pas à un changement radical du jour au lendemain.

-         Vous prenez une responsabilité, c’est vrai. Et en tant que pionnier, vous prenez un risque, c’est vrai aussi. Mais vous aimez aussi savoir que vous faites partie de cette minorité pas silencieuse du tout qui montre le chemin. Vous avez à cœur de la prendre, cette responsabilité.

 

Votre comportement fera des émules

N’oubliez pas non plus que, tout comme la tyrannie de l’instantanéité s’est petit à petit imposée à vos collègues et que plus personne n’ose remettre en question la vitesse à laquelle il nous est demandé de travailler, votre désobéissance autorisera d’autres personnes à ralentir.

Oui ! D’autres en ont envie ! Soyez inspirant pour les autres ! En ayant le courage de ralentir, donnez-leur le courage de faire de même !

 

 Montrez le chemin vers un autre système, plus équitable, plus bienveillant, plus respectueux des personnes. Il ne suffit pas de pointer du doigt ce qui ne va pas. Nous avons tous la responsabilité de changer les choses. Nous avons ce pouvoir. Si nous voulons un autre monde, c’est par nous-mêmes que nous devons commencer.

 

ET VOUS ? Qu’en pensez-vous ?

 

http://www.humanrevealator.com

 

Pour visualiser l’intervention de Matt Damon :

 

https://www.youtube.com/watch?v=9KxOVy52EiE

 

 

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